• L'affiche des 23h BD donne souvent un indice sur le thème choisi.
    En voyant celle de cette année, je me suis dit que ça aurait un rapport avec l'amour.
    Et je me disais aussi que pour une fois, j'aimerais bien faire quelque chose en rapport avec Ysckemia.

    Pour être complètement honnête, j'avais la trame de cette histoire en tête depuis déjà un bon moment. Je pensais vous la faire découvrir plus tard.... Mais quand j'ai vu le thème des 23H, j'ai bloqué. J'ai su que je n'arriverais pas à dessiner autre chose. (bon, c'est pas tout à fait vrai : j'ai bien pensé faire un turbomédia à la con représentant en travelling un astéroïde entrant en collision avec la Terre, mais c'était vraiment plus un gag nul qu'une idée sérieuse)

    Comme j'avais une baby sitter très compétente à la maison, je me suis lancé dans l'écriture express de ce chapitre un peu particulier. Il est sorti d'une traite ou presque, durant l'après-midi. Tout en écrivant, je préparais les planches sur un cahier de brouillon, avec des cases plus petites qu'un timbre poste. J'ai croqué ainsi le premier tiers de l'histoire, ce qui m'a fait bien gagner du temps.
    Pendant la nuit, j'ai dessiné quasiment en apnée, porté par la musique de Sigur Ros. J'ai eu des moments de pure épiphanie, cette musique ultra-émotionnelle venant épouser parfaitement l'ambiance des scènes que je dessinais. C'était une expérience incroyable. Léah et Silvère devenaient vivant sous mes yeux, dans mon esprit.

    Je n'ai pas pu lâcher le morceau jusqu'à avoir complètement fini hier soir; reporter l'achèvement, c'était prendre le risque de ne pas parvenir à me reconnecter avec l'énergie, l'atmosphère du chapitre.

    J'ai l'impression d'avoir posé mes tripes sur la table.
    Peut-être parce que j'ai touché à des sujets difficiles, la perte d'un parent, le deuil, le suicide des enfants, l'emprise mentale, la maltraitance...
    Je vous laisse lire, maintenant.



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  • (chapitre illustré par Adam, d' Egypte. il est le contributeur le plus éloigné qui ait jamais participé à l'histoire!)


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  • (english version)


    J'avais onze ans. C'était le jour de mon anniversaire.
    En cette fin d'année scolaire les journées étaient paisibles à l'école. Pendant la récréation de l'après-midi, on m'a envoyé chez le directeur. Il avait une barbe en collier et un pull gris. Il m'a fait asseoir dans son bureau et m'a dit que ma tante allait venir me chercher, pour m'emmener à l'hôpital. J'ai demandé pourquoi. Il m'a répondu, après un gros soupir, que ma mère avait eu un accident. J'ai demandé si c'était grave, mais il n'en savait rien. Je suis repassé dans ma classe pour récupérer mon cartable et ma veste, puis j'ai attendu que Françoise arrive.


    Dans la voiture, en chemin vers l'hôpital, je ne ressentais rien. Le visage profondément soucieux de Tantine n'était pas de bon augure, mais je ne savais pas quoi penser. Je me demandais seulement j'allais quand-même pouvoir souffler mes bougies.

    Françoise a bataillé avec les infirmières pour que je puisse entrer dans la chambre. J'ai compris pourquoi elles étaient réticentes, quand j'ai ouvert la porte.

    Il y avait des machines, des tuyaux et des fils, des bandages, et au milieu de tout ce fatras d'équipement médical, il y avait ma mère, allongée, immobile.





    Je l'ai appelée. J'ai pris sa main. Elle a réagit. La minerve autour de son cou l'empêchait de tourner la tête, alors je suis monté sur le bord du lit pour qu'elle me voit. Elle ne pouvait voir que d'un seul œil, le gauche était couvert d'un pansement. Elle m'a reconnu. Elle ne pouvait pas parler, un tube de plastique maintenu avec du sparadrap plongeait dans sa bouche. Une immense tristesse a envahit son visage, et des larmes ont coulé de son oeil droit. J'ai senti quelque chose se briser au fond de moi. Je me suis mis à pleurer aussi.

    Elle a serré ma main très fort. Une des machines à laquelle elle était reliée s'est mise à biper avec insistance. Les infirmières ont fait irruption dans la chambre, Françoise m'a tiré en arrière tandis qu'un médecin décrétait qu'il fallait "la ramener au bloc".
    Une demi-heure plus tard, c'était fini.


    Elle avait eu un accident de voiture en allant au magasin de jouets.
    Elle avait eu un accident parce qu'elle voulait m'acheter un cadeau, et j'avais précipité sa mort à l'hôpital.
    Je n'ai plus jamais fêté mon anniversaire.

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    (Illustration : Uneekl4ever)


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