• (322) Mad Scientist

    "Je vous ai sauvé la vie il y a quelques années."

    J'adore comme ce type met tout de suite en avant le fait que je lui suis redevable.
    Je retiens mon envie de lui coller une droite. C'est pas le moment de gâcher notre plan.

    Il nous reçoit dans son office. Sur son bureau, un ordinateur portable allumé, quelques dossiers rangés au carré, un pot à crayon, un modèle anatomique en porcelaine de cerveau humain.
    Un assistant vient nous apporter des gobelets de café auxquels personne ne touche.
    Le vieux scientifique croise les mains et se penche en avant.
    -Quand Aïna nous a prévenu de votre arrivée, commence-t-il, j'ai eu du mal à y croire. Que voulez-vous?
    Il me parle comme si j'étais seul dans la pièce, sans adresser un regard à mes deux comparses.
    -Je veux que vous sortiez quelqu'un du coma, comme vous l'avez fait pour moi. Attention hein, pas l'utiliser comme cobaye. Juste le "réveiller".

    Il me regarde d'un air impassible.
    -Et pourquoi je ferais cela?
    -Parce c'est pas moi qui ai une dette envers vous, c'est vous qui aurez une dette envers moi. Vu que je vais me sacrifier pour délivrer votre femme.

    Son masque sévère et blasé se fissure.
    -Qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes indispensable à cette opération?
    -Ben, j'sais pas, le fait que, par exemple, Aïna me réclame explicitement depuis plusieurs années, et qu'elle vous a prévenu de mon arrivée? Ou qu'elle m'a espionné, m'a envoyé des cadeaux? Ou encore le fait que, malgré toutes vos tentatives pour la remplacer, votre femme est toujours branchée à la machine depuis tout ce temps?...

    C'est marrant, son oeil gauche est pris d'un léger spasme chaque fois que j'évoque son épouse.
    Je m'empare du pot à crayon et tout en triant les stylos, je continue sur ma lancée.
    -J'ai bien conscience que votre machine ne fonctionne que sur un patient sur trois -ce qui entre nous, n'est pas terrible comme taux de réussite- mais vous essayerez quand-même. Romain sera mon "exécuteur testamentaire", il veillera à ce que vous honoriez votre part du marché.
    Mon interlocuteur considère d'un oeil noir Kirsten et Romain.
    -Vous en avez du culot, jeunes gens. Et si je refuse?
    -Alors, rétorque Romain, vos concurrents se délecteront de vos secrets de laboratoires, dévoilés sous license "creative commons". Si c'est pour vous une perte acceptable, vous pourrez toujours tenter de délivrer votre femme sans notre aide. En espérant que vous ne déclencherez pas les représailles qu'Aïna a promises. Mais si elle fait "pleuvoir des avions", vous perdrez bien plus que quelques brevets d'inventions.

    Sigursson fulmine intérieurement.
    -Je dois d'abord en parler au conseil d'administration.
    -Vous n'en avez pas le temps, objecte Kirsten. La mise en ligne automatique et les courriers partent dans une heure. Seul Romain peut retarder la programmation des envois.

    Après quelques secondes d'hébétude, le professeur abat brusquement sa main sur le téléphone, compose un numéro interne à trois chiffres et ordonne d'un ton sec, dans le combiné, quelque chose dans sa gutturale langue natale. Il raccroche tout aussi nerveusement et se lève.
    -Vous voulez qu'on vous branche à la machine? Très bien, je vous emmène, balance-t-il d'un air véhément.

    Mais je reste assis.
    -Kirsten et Romain sont de la partie.
    -Alors ça, no way! éclate Sigursson, furieux. Celui-là, dit-il en pointant Romain du doigt, a failli tuer ma femme, il ne remettra jamais les pieds au labo!

    Je sélectionne un cutter dans le pot à crayon, et me lève.
    -Et vous, dis-je avec un brin de nervosité dans la voix, ça vous a pas trop dérangé de sacrifier des vies!... Vous avez déjà pensé aux deux types que vous avez opéré après moi? Aux personnes que vous avez privées d'une greffe, en volant les corps de donneurs d'organes? En quoi la vie de votre femme serait-elle plus précieuse que d'autres?

    Je fais jaillir la lame du cutter. Sigursson a un mouvement de recul.
    -Posez ça, ordonne-t-il d'un ton mal assuré.
    J'appuie calmement la lame sur ma carotide. Derrière moi j'entends Kirsten pousser un cri étouffé. Sigursson blêmit, pétrifié par mon regard de barjot à la Mel Gisbon dans "L'arme fatale".
    -Romain et Kirsten m'accompagnent, dis-je froidement, ET récupèrent leur postes. Ou je repeins votre pull irlandais et l'intégralité de votre bureau avec mon propre sang. Vous expliquerez à Aïna pourquoi j'ai pas pu venir.

    Sigursson est sans doute rompu à l'art de négocier des crédits pour ses expériences, diriger une équipe de travail...
    Mais gérer un demi-psychopathe qui n'a plus rien à perdre, ça, il n'a jamais appris. Il finit par baisser les yeux en murmurant "Suivez-moi".
    Au moment de quitter la pièce, Romain me lance un petit sourire crispé. Nous avons franchi la première étape de notre plan.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Avril à 13:52

    Aujourd'hui, Silvère en mode
    L Arme Fatale he

    2
    vévé
    Jeudi 5 Avril à 15:20

    La suiiiiiiiite !!!! c'est terrible cette attente !!

      • Jeudi 5 Avril à 15:29

        elle arrivera relativement vite, ce sera encore un chapitre texte. j'ai faillit mettre la suite dans ce chapitre mais ça aurait fait trop lourd (et j'aurais mis plus de temps avant de poster). du coup je scinde.

    3
    Jeudi 5 Avril à 15:35

    J'ai pas vu "L'arme fatale". Ça manque à ma culture, semble-t-il. Me vlà bien.

    > Vous expliquerez à Aïna pourquoi j'ai pas pu venir.

    Très jolie répartie. Bien propre.

      • Jeudi 5 Avril à 15:37

        regarde le gif que j'ai posté juste au dessus. voilà, t'as plus besoin de regarder le film^^
        enfin si, c'est quand-même drôle la série des "Armes fatales", fais-toi un ptit marathon, un week-end, t'as juste à débrancher ton cerveau happy

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