-Hé, "Blair Witch"!! Magne-toi avec la scie!! Faut quand-même pas trois heures pour couper une planche!
Riff suspend son geste, fixe Cactusdrummer, au fond des yeux. Son interlocuteur soutient son
regard quelques secondes avant de se détourner. Il donne un coup de pied dans un carton vide, et s'assoit dans un coin en attendant la scie.
"Blair Witch". On lui avait encore jamais faite, celle-là.
Une planche de plus. Riff la dépose dans sur
le tas et quitte la manufacture d'un pas nonchalant, sa pelle sur l'épaule.
Chaleur écrasante. Aujourd'hui,
rationnement d'eau. Bouche sèche, légère migraine, les yeux qui brûle. Heureusement personne n'a envie de lui faire la causette, ça ellui fera économiser sa salive.
Il
semble y avoir deux factions cohabitantes dans cette ville. Deux groupes distincts, arrivés là par hasard, et pour le moment cela fonctionne bien.
Mais Riff avait un mauvais pressentiment. Ile avait déjà connu cette situation. Tout le monde se comporte bien pendant une
semaine. Les gens font connaissance, comparent leurs façons de faire, font des concessions. Arrivé au septième jour, curieusement, les personnalités se révèlent sous un jour nouveau, et l'on a de
moins en moins envie d'en savoir sur leur compte. Le moindre prétexte devient l'étincelle qui met le feu au poudre, et c'est la guerre. Engueulade, vol, sabotage, lynchage, bannissement,
pendaison... Parfois c'est la fin d'une ville, une des factions quittant le terrain, à moins que tout le monde ne périsse dans la nuit, victime de la bêtise réciproque des uns et des
autres...
Dans la banque, la nourriture était rare, et le jardin potager
était peu fructueux. Il y avait déjà eu quelques discussions à ce sujet dans la journée. Même si les chantiers de défense étaient plus que suffisant, on ne pourrait pas continuer longtemps comme
ça, sans rien à manger.
Les marchemorts finiraient par venir assez nombreux pour renverser les défenses... Poussés
par leur odorat surdéveloppé, comme disait le vieux fou dans son abri solitaire...
À quoi bon vivre en communauté, en fait, si
justement cette vie en groupe vous rend plus repérable et donc plus vulnérable de jour en jour?
Pour une illusion de sécurité, une illusion de confort, une illusion de fraternité?
Pour une illusion d'humanité?