Dire que Tristan Van Lervernen... Leven...*soupir*
que Tristan, employé au service sécurité informatique chez Minux Sotfware, était « vexé » de s'être fait pirater son ordinateur, est un doux euphémisme.
Quand il a réalisé que je ne déconnais pas, sa petite figure de matheux inoffensif a « changé ». J'ai cru que le portable allait voler en morceaux.
Moi aussi je me sens impuissant, mais résigné. Tout ce que j'ai pu faire jusqu'à présent pour contenir ce phénomène, revient à coller des rustines sur un barrage hydraulique prêt à céder.
Je sens bien que ça va me péter à la tronche, et que je ne pourrais pas lutter.
Tristan a passé le reste de la journée à tenter de récupérer des données sur le disque dur de mon défunt quadri-core, grillé par Aïna.
À la pause de midi, on a mis en pratique son petit stratagème foireux : je suis parti manger avec les collègues et il a pris les commande de mon avatar dm pour masteriser à ma place. Bien-sûr Aïna ne s'est pas montrée. Quelque part, j'étais soulagé. Il est d'ailleurs probable que même si elle n'avait pas espionné notre conversation, elle n'aurait pas tenté le coup, car les joueurs aussi se rendaient compte que DM REZNOR n'était pas sec et irascible comme d'habitude.. Trop de politesse, c'était suspect.
Trois jours passèrent, sans le moindre résultat.
En rentrant chez moi le quatrième soir, mon téléphone portable sonna.
-Bonjour Silvère, c'est Aïna.
La voix synthétique a changé. La prononciation est plus fluide, les intonations plus naturelles. J'essaie de prendre un ton détaché.
-Tiens, y avait longtemps... Comment ça va?
-Je vais bien merci. Et toi?
-On fait aller, la routine... On te voit plus beaucoup sur Ysckemia ces temps-ci, qu'est-ce que tu deviens?
-J'attend que Tristan s'en aille.
No comment.
-C'est dommage, il aimerait te parler, lui.
-Je n'ai rien à lui dire.
-Mais qu'est-ce que tu fabriques, avec ta mégastructure??
-C'est une surprise.
-Ah ouais. Dans le genre de celle que tu m'a envoyé dernièrement?...
-Mon cadeau te plaît?
-Ta poupée pas gonflable? Elle est à la cave.
-Pourquoi?
-Tu n'imagines quand-même pas que je vais installer une barbie grandeur nature dans mon salon?
-Je pensais que ça te ferait plaisir.
-Sans blague, tu veux que je joue à la poupée? Devant TA webcam, pendant qu'on y est??
-Tu voulais que je viennes chez toi.
-En chair et en os!! pas en silicone!!
-J'ai fait de mon mieux.
-Bon, écoute, t'as voulu me tuer, m'électrocuter, tu m'as pulvérisé un ordinateur haut de gamme, tu pourrais peut-être commencer à jouer franc-jeu avec moi.
-Je n'ai jamais voulu te tuer, rétorque Aïna. Je n'ai pas ordonné au bus de t'écraser, tu as traversé la rue sans regarder. Pour ton ordinateur, je suis désolée, mais tu ne m'a pas laissé le choix. Veux-tu que je t'en offre un autre?
-NON !! J'en veux plus de tes cadeaux!
Je fais volte-face et je sursaute.Yuriko est là; je ne l'ai pas entendu arriver. Je raccroche.
-Qui c'est ?
-C'est Marvin... il voulait m'offrir des dvd pornos qu'il a pompé sur internet. T'es déjà rentrée du taff? Comment ça se fait?
-J'ai démissionné dit-elle d'un ton neutre.
Elle passe devant moi et s'enferme dans la salle de bain.
J'appuie sur la touche « rappel auto » pour afficher le numéro, espérant trouver un indice pour Tristan, peine perdue : c'est mon propre numéro qui s'affiche. Qu'est-ce que j'espérais aussi...
Une minute plus tard, ça sonne à nouveau.
Je m'exile sur le balcon pour éviter que Yuriko n'entende.
-Dis à Tristan de ne pas s'inquiéter. Je ne veux pas saboter Ysckemia, décrète Aïna.
-Il sera ravi de l'apprendre... Depuis le temps que tu m'espionnes, tu sais pas que j'ai une copine??
-Si.
-Tu sais que tu me fous dans la merde, à force? Elle croit que je la trompe avec une autre!
-C'est elle qui te trompe.
-Comment??
-Yuriko n'est pas honnête avec toi. Moi je le suis.
-Après tout ce que tu m'as fait, tu manques pas de culot pour dire ça!
-Je ne te mens pas. Yuriko te ment. Regarde dans ta messagerie.
-Laquelle?
Elle raccroche.
Je réveille mon ordi, l'écran s'allume.
Avec un peu d'appréhension, je commence par le mail pro.
C'est bien là, un mail de "moi" pour moi. Je l'ouvre.
Des photos. Enfin, des screens de vidéo-surveillance urbaine.
Sur certaines, ils s'embrassent goulûment.