Malgré les suppliques de Jennyfer, j'ai fini par regarder les "pièces à convictions".
Deux photos mal cadrées, floues, prises à l'arrache par dessus la cloison des chiottes d'une boîte de nuit. On y voit un homme et une femme enlacés, en train de se rouler des pelles. Rien de vraiment trash, si ce n'est que... Malgré la pauvre qualité des images, c'est bien eux, je les reconnais.
Pour un peu, j'en aurais presque de la sympathie pour l'ex de Jennyfer. Je l'imagine en train de s'étrangler avec son champagne en découvrant les photos sur le téléphone de son pote.
Mais contrairement à lui, je me sens plus triste qu'en colère.
La vérité c'est qu'elle me manque, à un point que je n'avais pas imaginé le soir où je l'ai flanquée dehors.
Plus les jours passent, plus je me déteste. De ne pas trouver le courage de l'appeler. De ne pas être capable de lui pardonner d'avoir eu une vie avant de me rencontrer. On a tous plus ou moins d' "heures de vol" derrière soi. Et alors?
Si Aïna ne s'était pas mêlé de régenter à nouveau mon existence, je n'aurais même jamais eu la curiosité de savoir ce qui s'était vraiment passé.
Dans le fond, qu'est-ce que ça peut bien faire?
Son prénom à la con.
Sa grande bouche au sourire narquois.
Ses longs cheveux raides, couleur de carotte.
Ses yeux verts pétillants, trop plein d'assurance.
Ses taches de rousseurs, comme les confettis d'un carnaval sans fin.
Ses mains qui me soignaient.
C'était réel. Tellement réel, et bienfaisant.
Bon sang mais quel con!! Pourquoi je me prive de tout ça???
Au diable Marvin et sa braguette perpétuellement ouverte.
Au diable Aïna et ses vérités qui blessent.
Au diable Léah et ses élans de charité désordonnés.
Au diable mes principes à la con.
Je vais m'excuser, quitte à la supplier à genoux; je la regarderai telle qu'elle s'est montrée dans la cabane au bord de la plage. Sensible, vulnérable, amoureuse. Et on sera enfin heureux.
Mes mains tremblent en composant son numéro.
Première sonnerie. Mon coeur s'emballe.
Deuxième sonnerie. Allez, décroche.
Troisième sonnerie. Merde quoi, on est samedi matin!! T'es forcément chez toi!!
Ça y est, elle décroche. Je ne lui laisse pas le temps de placer un mot.
-Jen, c'est moi. Je t'aime. J'suis un imbécile et je t'aime. J'ai besoin de toi.
-Désolé, elle peut pas répondre, elle est sous la douche. Je peux prendre un message?
Une voix d'homme.
Comme une sensation de déjà-vu...
-T'es qui, toi?
-Vous avez un message pour elle ou pas?
-Passe-la moi. Je veux lui parler.
-Je vous dit qu'elle est..
-PASSE-LA MOI MAINTENANT!!!
-Ok...
-Oui?
-Qui c'est ce mec qui répond à ta place??
-On s'est rencontré hier soir. On a passé la nuit ensemble.
Elle dit ça avec un aplomb stupéfiant. Le sol semble se dérober sous mes pieds.
-Alors, c'est comme ça que ça finit? Tu me remplaces déjà??
-Ouais
-Je comprends pas!! À quoi ça rime de m'avoir fait un tel cinéma? d'avoir mentit, d'avoir avoué, d'avoir chialé, de t'être excusée, tout ça pour recommencer à te taper le premier venu??
-Non mais de quoi je me mêle? J'ai pas de leçon à recevoir de toi.
Je suis estomaqué.
-Mais... Mais t'es une vraie salope!!
-Ouais c'est ça, va chier connard.
Bon sang, c'est pas possible.
| Comment j'ai pu me tromper à ce point sur son compte? |