• (279) Il faisait beau, le soleil brillait

    (english version)


    J'avais onze ans. C'était le jour de mon anniversaire.
    En cette fin d'année scolaire les journées étaient paisibles à l'école. Pendant la récréation de l'après-midi, on m'a envoyé chez le directeur. Il avait une barbe en collier et un pull gris. Il m'a fait asseoir dans son bureau et m'a dit que ma tante allait venir me chercher, pour m'emmener à l'hôpital. J'ai demandé pourquoi. Il m'a répondu, après un gros soupir, que ma mère avait eu un accident. J'ai demandé si c'était grave, mais il n'en savait rien. Je suis repassé dans ma classe pour récupérer mon cartable et ma veste, puis j'ai attendu que Françoise arrive.


    Dans la voiture, en chemin vers l'hôpital, je ne ressentais rien. Le visage profondément soucieux de Tantine n'était pas de bon augure, mais je ne savais pas quoi penser. Je me demandais seulement j'allais quand-même pouvoir souffler mes bougies.

    Françoise a bataillé avec les infirmières pour que je puisse entrer dans la chambre. J'ai compris pourquoi elles étaient réticentes, quand j'ai ouvert la porte.

    Il y avait des machines, des tuyaux et des fils, des bandages, et au milieu de tout ce fatras d'équipement médical, il y avait ma mère, allongée, immobile.





    Je l'ai appelée. J'ai pris sa main. Elle a réagit. La minerve autour de son cou l'empêchait de tourner la tête, alors je suis monté sur le bord du lit pour qu'elle me voit. Elle ne pouvait voir que d'un seul œil, le gauche était couvert d'un pansement. Elle m'a reconnu. Elle ne pouvait pas parler, un tube de plastique maintenu avec du sparadrap plongeait dans sa bouche. Une immense tristesse a envahit son visage, et des larmes ont coulé de son oeil droit. J'ai senti quelque chose se briser au fond de moi. Je me suis mis à pleurer aussi.

    Elle a serré ma main très fort. Une des machines à laquelle elle était reliée s'est mise à biper avec insistance. Les infirmières ont fait irruption dans la chambre, Françoise m'a tiré en arrière tandis qu'un médecin décrétait qu'il fallait "la ramener au bloc".
    Une demi-heure plus tard, c'était fini.


    Elle avait eu un accident de voiture en allant au magasin de jouets.
    Elle avait eu un accident parce qu'elle voulait m'acheter un cadeau, et j'avais précipité sa mort à l'hôpital.
    Je n'ai plus jamais fêté mon anniversaire.

    suivant.jpg

    (Illustration : Uneekl4ever)

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  • Commentaires

    1
    veve
    Lundi 9 Février 2015 à 10:30

    cry Comment m'arracher une larme (voire plus)

    2
    Lundi 9 Février 2015 à 10:42

    désolé, les mouchoirs ne sont pas encore fournis avec le blog :/

    3
    Lundi 9 Février 2015 à 11:16

    Que dire ? ... une histoire forte et triste qui marque une vie. Une bise à toi.

    4
    Lundi 9 Février 2015 à 11:39

    salut jo :)

    5
    Mercredi 25 Février 2015 à 21:55

    Ah j'avoue, si ça avait été un poil plus long à l'hosto, moi aussi mes glandes lacrymales auraient craqué :;p

    Bon ben... c'est que c'est bien écrit :3

    ^^

    6
    Mercredi 25 Février 2015 à 23:42

    garde tes mouchoirs pour un peu plus tard... he

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