• Quand Silvère, adolescent, refusait de descendre de sa chambre, son père lui coupait l'électricité. Plus de lumière, plus de musique. Et un ado furieux et frustré bien obligé d'obtempérer.
    À présent, il se terre dans son souvenir fœtal, espérant y mourir sans s'en rendre compte.
    J'essaie de l'en tirer en douceur, par une espèce de long couloir.

    C'est là que nous nous croisons, lorsque je réintègre ma place, pour lui rendre la sienne dans le monde tangible. Tandis que je m'enfonce dans ce couloir, les sensations physiques, les sons me parviennent de plus en plus étouffés. Je récupère alors mes propres sens, du moins ce qui en fait office dans le subconscient de Silvère.

    Quant à lui, il renoue avec la douleur, la faim, avec aussi le chagrin toujours aussi vif d'avoir perdu Jennyfer. Vu qu'il passe tout son temps dans un état de stase émotionnelle, lorsqu'il en sort, la scène de leur rupture lui revient comme si elle s'était produite la veille.


    -Il faut qu'on parle.
    -On n'a rien à se dire, rétorque-t-il d'un ton morne.

    Il tripote l'attelle sur son nez et gratte en dessous.
    -N'y touche pas, tu vas rouvrir la plaie... Une infirmière va passer tout à l'heure pour changer le pansement.
    -Qu'est-ce que ça peut faire, dans un mois, nez recollé ou pas, je serais dead.

    Toujours la même rengaine dépressive. J'enchaîne :
    -J'ai vu @ïna. via une vidéo en direct. Et... Elle a senti ma présence!
    -Ok, j'm'en tape.
    -La sorcière noire la torture, elle souffre.
    -C'est sensé m'attendrir? Après tout ce qu'elle m'a fait?
    -Elle a tourné la tête vers moi...
    -J'EN AI RIEN A FOUTRE, tu m'entends?!

    N'attendant aucune réponse de ma part, il se lève et passe à la cuisine.
    -Bordel, ça pue... Tu pourrais t'occuper de la litière de temps en temps!
    -C'est TON chat, et elle me déteste. Elle sent quand je suis là, elle fait le gros dos, toutes griffes dehors... Si elle m'écorche je te préviens, je rends mon tablier. Je supporte déjà ton nez cassé et tes maux de tête toute la journée.
    -C'est bon, j'ai pigé, grogne-t-il.

    Et il se met en devoir de changer le sable souillé. Ma féline homonyme vient se frotter contre ses jambes en ronronnant. Pétasse.
    Tandis qu'il s'active, j'écoute ses pensées. Au fond, il aimerait quand-même savoir ce qui se passe avec @ïna.
    Il aimerait aussi rencontrer ce docteur Sigursson, pour lui cracher au visage, et le maudire d'avoir sauvé sa vie.

    Le dernier souvenir de Jennyfer vient lui cisailler le moral. Il lutte pour le chasser.

    -Ce qu'elle fait n'a ni queue ni tête, se dit-il. Se mettre en scène en train de souffrir, en pensant m'attendrir... Pourquoi elle n'envoie pas plutôt des mercenaires pour m'enlever? D'autant qu'elle doit bien être au courant que je suis à deux doigt de crever. Ya un peu urgence, enfin si elle veut tellement récupérer Aïna.

    Je n'ose pas lui dire qu'elle comptait sur moi. Elle espérait que je garde le contrôle du corps de Silvère, pour le convoyer jusqu'à elle. La trahison me paraissait effroyable. Et puis j'avais peur de décrocher à un moment inopportun.
    Aujourd'hui, je pourrais très bien garder le contrôle tout le temps. Et je sais où aller.
    Mais ma loyauté va encore et toujours vers l'homme de ma vie.

    Et aussi...
    Lorsque le visage déformé d'@ïna s'est tourné vers moi, j'ai cru lire un message sur ses lèvres pixellisées...

    "Ne vient pas"



    3 commentaires


  • On ne se croise plus que le soir, lorsqu'il prend ses somnifères et que je dois réintégrer ma place dans son subconscient.
    Mais il ne me parle pas.





    Le reste du temps, il se réfugie dans cet instantané de vie foetale, dernier rempart contre le désespoir qui l'engloutit.

    Pendant que j'avale antidouleurs et anti-inflammatoires, et que le désespoir m'accable moi aussi.

    Je ne suis qu'un fantôme.

     Je vais mourir sans que personne ne s'émeuve de ma disparition, parce que personne ne sait même que j'existe, ou ne veut croire à mon existence.

    La seule qui soit reconnue, c'est mon @utre.
    Depuis le smartphone de Silvère, j'ai envoyé des dizaines de mails, comme des bouteilles jetées dans cet océan numérique... Elle n'a jamais répondu.

    De toute ma pseudo-existence, jamais je ne me suis sentie aussi seule.









    Dans un dernier élan, j'ai tenté de glaner des informations sur des forums de joueurs d'Ysckemia. Dans un sujet dédié à @ïna, j'ai découvert des screenshots récents, qui m'ont glacée d'effroi...



    Je ne comprend pas ce qui se passe, mais ce dont je suis sûre, c'est qu'elle souffre.



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  • bon, qu'est-ce qu'on fait? on s'arrête sur un chiffre rond? ou bien on continue? he


    21 commentaires


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