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  • Je suis mal.
    -Jen, j'y vois pas à plus de quelques centimètres...
    -Et t'es devenu sourd, aussi? J'ai frappé, je t'ai dit bonjour, et t'as continué à parler dans le vide comme si j'étais pas là!

    Non je ne suis pas sourd, et j'entends dans sa voix une jalousie aigre.
    -Écoute, c'est pas ce que tu crois...
    -Le dernier mec qui m'a dit ça, coupe Jen, c'était mon petit copain de terminale, juste après que je l'ai surpris en train d'embrasser la chaudasse du Lycée.

    Je lance un regard oblique à Aïna.
    -Tu vois dans quelle merde je suis grâce à toi?

    Elle baisse les yeux d'un air gêné.
    -Laisse-moi lui parler.
    -Quoi? Nan, pas question! C'est déjà assez le bordel comme ça!
    -Je t'en prie, elle a besoin de comprendre, il faut que je lui parle!!

    Jen siffle entre ses doigts.
    -Il se passe quoi là?! Explose-t-elle.

    Je tends les bras vers l'endroit où se tient Aïna.
    -Elle... Aïna veut te parler. Je sais, tu penses que je me fous de ta gueule.

    La silhouette floue de Jen oscille, hésitante, puis se fixe.
    -Ok.
    -T'es sérieuse??
    -Au point où on en est, dit-elle d'un ton las. Ça ne pourra pas être pire qu'à la séance d'hypnose.

    Je me tourne de nouveau vers Aïna.
    -Vas-y, je t'écoute.
    -Non Silvère, je veux lui parler seule à seule.
    -Mais... Comment?? Et je fais quoi moi pendant ce temps, je fume une clope dans le couloir?!
    -Je vais te mettre en lieu sûr.

    Je n'ai pas le temps de lui demander ce qu'elle entend par là.
    Ma vision s'assombrit d'un seul coup, et j'ai l'impression de flotter.
    Je ne sens plus clairement les limites de mon corps. Je n'ai aucune notion du temps.
    Mais je sens que je fais partie d'un tout, relié à l'univers par une ligne de vie qui pulse au milieu de mon ventre.
    Je m'étire, et dans mon dos, je sens du mouvement. Des caresses.
    Je perçois une voix qui chante doucement.
    Il y a tant d'amour, dans cette voix.
    Je suis bien, tellement bien.
    Je veux rester ici pour toujours.

    Mais soudain j'ai froid, et la lumière crue du jour me fait battre des paupières.
    Aïna a disparu mais Jen est toujours là, près du lit. Son visage est fermé. Tiens, ma vue est de nouveau nette.
    Un peu déphasé, je lui demande ce qui s'est passé.
    -Je viens d'avoir une conversation avec ta squatteuse, lâche-t-elle d'un ton égal.
    -Et... Vous avez parlé de quoi?
    -Ça reste entre elle et moi.

    Autrefois, j'aurais insisté pour savoir. Là, sur le coup, j'en ai rien à cirer.
    Jen scrute le ciel par la fenêtre et ajoute :
    -Cet endroit me colle le cafard.
    -À moi aussi. Passe-moi mes fringues, on se casse.

    J'ai signé la décharge et j'ai quitté l'hôpital.
    Sur le parking Jen marche à côté de moi, silencieuse et absente. J'essaie d'attraper sa main mais elle esquive.



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  • (la suite du chapitre dans pas longtemps...)
    (mise à jour 1, désolé je m'a trompé d'url dans la newslettre...)
    (mise à jour 2. quatre cases de plus. j'ai rien dit pour le soir du 13, mais j'ai pensé aux victimes des attentats. La violence est le refuge de l'incompétence.)
    (mise à jour final, après deux semaines de battement : c'est pas trop tôt!)


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