• La découverte du nouveau continent a étrangement coïncidé avec la fin de la Saison du Chaos. À la direction de Minux Software, les dirigeants doivent avoir des ulcères à l'estomac, à force de se faire mener en bateau (volant qui plus est) par Aïna.

    Il reste, en moyenne, un tiers de joueurs sur Ysckemia, tout le monde se bouscule pour explorer la terre suspendue, et les maîtres de jeu ne sont pas en reste.

    L'accès aux divers royaumes est conditionné par des critères assez sévères. Pour l'instant, les joueurs n'ont pas accès aux plus reculés. Ça laisse aux maîtres de jeu le temps de se familiariser avec l'univers, avant de proposer des animes. Depuis quelques temps donc, je ne suis plus le seul à être harcelé par les joueurs, pour savoir "comment c'est là-bas plus loin?". Ça me fait des vacances.

    Hyperoxys est un monde magnifique. Rien n'a été laissé au hasard. Ça n'est pas "bricolé", tout est parfaitement abouti. Les créatures, les plantes, les lieux, les armes, les personnages, tout est merveilleusement raffiné, cohérent. Aïna a respecté le fonctionnement initial du jeu, tout en l'adaptant subtilement à sa fantaisie.

    La Forêt de Saphir regorgent de créatures nouvelles à chasser. Dans l'aveuglant Désert de Nacre, les reptiliens sheyshyyns vivent en symbiose avec la forêt ensevelie. Dans les Monts d'Améthyste, une race de nains au physique inédit taillent les gemmes selon le clivage, grâce à des ondes sonores. Le Gouffre Hurlant grouillent d'araignées géantes, leurs toiles gonflées par des vents ascendants capturent les nefs volantes par dessus l'abîme.

    La capitale se nomme Lucile, cité lacustre en marbre blanc; au coeur du palais se trouve une salle où trône une statue inquiétante, silhouette noire assise d'où émane des flammes sombres. Certains figurants du palais prétendent qu'il s'agit là d'une sorcière très ancienne qui aurait été emprisonnée, et dont le pouvoir colossal maintient à lui seul Hyperoxys en lévitation.

    Autant d'endroit qui promettent de passionnantes heures de jeu, ou de pure contemplation.



    Mais.



    J'ai du mal à me défaire de ce sentiment de familiarité, que me procurent tous ces endroits. Je m'en "souviens" confusément, comme si je les avais déjà visité en rêve.

    Et je reste seul avec mes questions.


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  • Retour des horaires de nuit.
    Ça contrarie un peu mes soirées console de jeux avec Adam et Léah.

    Ce soir, aura lieu une bataille décisive, opposant les forces du Chaos, aux aventuriers défenseurs d'Ysckemia.

    Une partie des maîtres de jeu font office de généraux de l'armée de défense. D'autres sont en charge de diriger les monstres gluants venu d'Outre-Plan.

    Les joueurs ne sont pas au courant, mais cette terrible bataille virtuelle comporte un enjeu véritable : les DM du camps vainqueur toucheront une prime bonus. Les administrateurs de Minux Software savent motiver leurs troupes. En même temps, ça fait un peu oublier la rumeur selon laquelle la direction va supprimer quelques franchises de cyber-café dans les mois à venir... En période de crise, personne n'a envie de perdre son job, et on ne crache pas non plus sur un petit supplément à la fin du mois.

    Au cyber, chaque joueur a prévu son équipement pour tenir toute la nuit : sandwichs, bouteilles d'eau, thermos de café, paquets de biscuits... Certains ont aussi apportés leur souris et clavier personnels. Jay s'occupe d'installer l'écran géant pour que les non-joueurs puissent suivre la bataille en direct depuis le coin salon.

    Au bureau, Romain vérifie les paramètres d'affichage de son installation multi-écran. Rhanji range les boissons au frigo, et prépare à côté du micro-onde les plats chinois de chez Asia Express. Je m'installe à mon poste, j'entre mon loggin, je m'insère dans la peau d'Alador Imarassaroma, général demi-elfe en charge d'un escadron aérien de mages montés sur des griffons. Dans ma tête passe en boucle le générique de la série « Les Têtes Brûlées ».

    Après un petit discours de l'empereur sur la place centrale de Mythras Tauroctonos, les troupes se mettent en route vers le champ de bataille. Dans la salle de jeu, les joueurs excités poussent des cris de guerre sauvages. Les mages d'infanterie ouvre des portails géants pour envoyer les dracosaures blindés et la cavalerie sur le terrain.

    Sur une grande plaine désolée (préalablement dévastée par les monstres du Chaos), chacun se met en place. Jay est à la tête d'une quarantaine d'archers toutes espèces confondues, Tandis que Rocco va mener la charge à pied avec sa division de barbares et semi-orks.
    Les bardes entonnent leurs chants de soutien, les prêtres bénissent les guerriers...

    J'avoue que cette ambiance, la vision de cette foule prête à la guerre a quelque chose de fascinant, un peu comme le frisson que peuvent ressentir les supporters de foot dans un stade, ou les fans transis écoutant religieusement leur idole chanter sur scène...

    En face....
    Les créatures du Chaos braillent et s'agitent de façon grostesque et obscène, entourées d'une aura sombre. Il n'y a pas de commandant du Chaos, seulement une marée de créatures primaires avec un niveau de vie et une résistance prodigieuse. Va y avoir du sport.

    La charge est donnée. Les mages aériens ouvrent le bal, pilonnant de feu et de foudre les choses impies qui rampent à toute vitesse vers notre infanterie. Les archers à leur tour lâchent leur flèches, des créatures chaotiques s'écroulent, ou se débattent sur le sol d'une manière dégoûtante, à l'agonie.

    L'infanterie progresse, on a chargé les voleurs et les joueurs inexpérimentés de rester à l'abris dans les rangs arrière, pour mettre le feu aux carcasses des monstres du Chaos, pour les empêcher de se régénérer. Les unités se relaient les unes après les autres, afin que les joueurs puissent se reposer un peu entre chaque vague d'assaut.
    Pendant deux heures, l'armée de défense a l'avantage sur le Chaos, mais les efforts se relâchent, et on commence à perdre du terrain, mêmes nos dracosaures blindés se font balayer comme des fétus de paille par de répugnants blobs verdâtres d'un kilomètre de large. Toujours perché dans les airs, j'assiste impuissant à la déroute de nos troupes, mes mages volants se font attaquer par des nightgaunts, créatures élastiques brunes sans tête qui virevoltent autour de nous. Ils s'en prennent à nos montures, et mes soldats tombent comme des mouches.

    Les soigneurs n'ont plus le temps de ressusciter tous les morts, on commence à manquer de potions magiques. Les guerriers se font laminer dans leurs armures qui tombent en poussière, sous l'effet de la saison maudite.

    C'est la débâcle, les joueurs s'énervent, les maîtres de jeux s'engueulent sur IRC. Quand soudain...

    Des portails magiques s'ouvrent dans le ciel, et des nefs volantes en émergent. De leur bord partent des rayons de magie sacrée, des étincelles et des gerbes de flammes roses qui tombent sur les créatures cthuliennes, dont les points de vies se mettent à fondre à toute vitesse.

    "L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme."
    Les joueurs se relèvent, reprennent l'assaut. Avec mes mages je file bombarder les blobs et les mégapoulpes d'Outre-plan, et j'en profite pour examiner les nefs volantes.

    Ça n'existait pas dans l'univers d'Ysckemia. Enfin, pas jusqu'à l'instant de leur apparition. Je me rapproche de l'un des vaisseaux. Une coque de bateau, blanche, avec des espèces de gouvernails sur les flancs, et à l'arrière. Des tuyaux d'échappements, de dimensions variés, partent en s'évasant vers l'arrière, comme des orgues psychédéliques. Sur le pont du vaisseau, des mages drapés dans de longs manteaux multicolores, un masque sur la tête; ils font des rondes incantatoires pour amplifier leur pouvoir et transmettent leur puissance aux artilleurs qui balancent des rayons dévastateurs. Des créatures protoplasmiques gigantesques éclatent dans un bruit écoeurant.

    Des nuées de nightgaunts fondent sur les nefs, mais elles semblent renforcées par une aura de protection, les bestioles s'écrasent dessus... Sur IRC, les questions fusent de tous côtés, les maîtres de jeu du Chaos se sentent un peu pris au dépourvu, et crient à l'injustice.

    C'est là que Jay s'écrie:
    -Bon sang, ça y est !!! Elle est ouverte!!!
    -Quoi donc??
    -LA MEGASTRUCTURE!!!

    Pendant une petite seconde, son dernier mot me paraît totalement vide de sens. Puis j'ouvre des yeux ronds, et sans hésiter, je plante là mon escadrille, pour me téléporter bien plus à l'Ouest, au large du Grand Océan Gris. Je met le cap vers la masse nuageuse qui entoure l'objet des convoitises de milliers de nolifes dans le monde... Les nuages s'écartent sur mon passage, j'aperçois vaguement .... au début je ne comprend pas bien ce que je vois. Puis ce que je prenais pour une étendue d'eau se révèle être en fait une prairie d'herbe bleue, parsemée de fleurs rouge vif. Déjà des dizaines de déserteurs de la guerre contre le Chaos explorent ce nouveau territoire.
    Jay me lance un sourire radieux.
    -Exactement comme tu l'avais dit!! C'est énorme !!

    Un flot d'émotions contradictoires m'envahit. De l'excitation, de voir cette zone mystérieuse enfin ouverte. Une pointe d'amertume, parce que pour une fois, je découvre ça en même temps que tout le monde, au lieu d'être prévenu personnellement par Aïna. De l'angoisse, parce que ce paysage me rappelle confusément quelque chose, et que je me demande bien comment elle a appris ça.

    Pendant ce temps, les nefs volantes finissent seules de massacrer les forces du Chaos, tandis que les joueurs désertent masssivement le champ de bataille pour rejoindre le continent suspendu dont on connaît désormais le nom : Hyperoxys.

    "Et le combat cessa, faute de combattant."



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