• Les architectes commencent à être à court d'idées pour renforcer les défenses de la ville. On a donc amélioré les défenses personnelles. Cela dit, c'est suffisant pour le moment. Grâce à la tondeuse-à-gazombie (appellation qu'on devait à Aioren), un homme seul peut venir à bout d'une douzaine de marchemorts. C'est en passe de devenir un sport plutôt qu'une corvée, quelques citoyens se poussent des coudes tous les matins pour l'emprunter, et "débroussailler" quelques hectares de désert.

    Malgré les sorties quotidiennes, (rendues plus sûres par la tondeuse-à-gazombie) le principal ennemi des habitants des Souterrains de l'Armageddon est l'ennui.
    L'ennui qui rend nerveux, qui fait faire des conneries, qui fait se disputer avec son voisin pour des queues de cerises, qui fait picoler jusqu'au coma éthyllique.

    Pour lutter contre cela, il y a le jeu. Les jeux. Toutes sortes de jeux, pour toutes sortes d'enjeux. Cartes dés, et pour ceux qui n'ont pas de matériel des jeux de réflexion, ou encore le traditionnel "pierre-feuille-ciseaux". Des loteries pour la moindre babiole de valeur, pour avoir le droit de passer un animal à la boucherie ou pour monter une super arme. Des paris chaque soir sur le retour hypothétique en ville d'Alexis, le "traîne-la-patte" local...

    Cette fièvre du jeu contaminait à peu près tout le monde, Riff se surprit ellui-même à tenter sa chance pour gagner un bout de grillage rouillé, à clouer sur sa fenêtre. Sa victoire aux dés provoqua quelques grincements de dents de la part de ses concurrent, mais ils reportèrent vite leur attention sur une nouvelle loterie.

    Autrex jeux, plus physique cette fois : la course de caddie. Wormageddon se plait à faire du tuning caddie. Il les emmène à l'atelier pour les réparer, leur met une petite couche de peinture, quand il trouve de quoi il pose même un spoiler "pour l'aérodynamisme et pour le staïle"... Quelques amateurs se sont laissé tenter pour piloter ces tas de ferrailles. Du coup, c'est reparti pour les paris débiles sur le gagnant...

    Pour ceux qui s'emmerdent en FA, il y a aussi la "log-battle", traduisez par "bataille de bûches". Lorsque le terrain à fouiller devient un cimetière de bout de bois, un mec en brandit un en criant "BATAILLE!!" et le lance sur un de ses voisins. Qui bien sûr riposte, en jetant à son tour une branche sur quelqu'un d'autre, etc...
    L'ennui avec ce jeu, c'est qu'il a démultiplié les besoins en bandage et mercurochrome.Il ya aussi eu un coma, deux fractures du crâne, et un mort.

    "C'est l'jeu ma pauv' Lucette"...


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  • Riff et sa pelle de chantier avaient été rudement mis à contribution.
    Creuser le grand fossé.
    Creuser les douves.
    Creuser les fondations.
    Creuser des trous pour les pilier de la tour de guet.
    Creuser pour installer le derrick artisanal.
    Creuser des latterines.
    Creuser des tombes.

    Le tout sous le regard suspicieux de certains citoyens, toujours les mêmes.
    Pas moyen de glander, de souffler un moment.
    Pas de répis la nuit non plus, les zombies s'agglutinant de plus en plus chaque jours aux alerntours de la ville, dans un vacarme effroyable qui fait claquer des dents.

    Cependant, les pistolets à eau trouvés dans une vieille boutique de farces et attrapes avaient permis de nettoyer largement la zone au sud-est de la ville, permettant aux glaneurs d'aller récupérer souches et débris métalliques plus sereinement, sans craindre de se faire boulotter le dos par surprise.

    Quand l'expédition matinale se mit en route, Riff prit le nécessaire pour accompagner les randonneurs de l'extrême.

    Ils se frayèrent un chemin parmi les foules malsaines de marchemorts, gémissant et grognant. Adoptant une formation dite de "la tortue", déjà en vigueur sous l'empire romain, les gardiens forment un rempart avec leur bouclier autour des fouineurs frissonnant d'horreur.

    La progression est lente, il faut sans cesse repousser les marchemorts les plus hardis, les arroser avec parcimonie... Lorsque l'eau les touche, leurs restes fondent en crépitant, comme au contact d'un acide. Ils finissent par se répandre sur le sol dans un bruit spongieux écoeurant.

    La troupe se scinde en deux, pour couvrir davantage de terrain.
    Riff se sent un peu plus vulnérable, et serre un peu plus fort le manche de sa pelle.
    Le brouillard matinal qui persiste rend le pas hésitant.

    Soudain, les ombres se font plus pressantes. Les randonneurs retiennent leur souffle.
    "-C'est mauvais. Très mauvais." dit Riff d'un ton neutre.
    "-Ta gueule Blair Witch!! Nous porte pas la poisse!" braille CactusSinger.

    Des sons étranges, des couinements, des gémissements aigues. Des ombres courtes aux mouvements rapides. Puis une ombre longue se profile au milieu des autres.
    Des enfants. Des enfants marchemorts, toute une classe de petits zombies affamés, en route pour la cantine. Au milieu d'eux, la longue silhouette n'a pourtant pas l'air d'une institutrice. Il porte un chapeau, un costume trois-pièces, l'une de ses mains squelettique est encore entourée d'un curieux bandage. Il pousse de temps en temps de petits cris aigues, "Heee-heee!", des glapissements secs, et se frotte de façon déviante contre les enfants zombies.
    Ses mouvements sont saccadés, caricaturaux. On dirait une marionnette agitée par un marionnettiste atteint de Parkinson. En fait, on dirait qu'il danse. Et surtout, il s'approche.

    Un des gardiens tente de lui mettre un coup de bouclier, mais le danseur l'esquive sans mal. Merde alors. Si les marchemorts commencent à savoir se battre, on est mal. Les enfants se répartissent autour de la troupe, semblant attendre quelque chose.

    Riff sent -bienque cette idée lui paraisse absurde- que l'adulte est leur leader. Les enfants miment ses gestes, ses gesticulations frénétiques, impossible de savoir quand ils vont se ruer sur les vivants.

    Le danseur ne se contente pas d'esquiver les coups de bouclier, il esquive aussi les salves de pistolets à eau, virevoltant comme un papillon, tournoyant sur lui-même avec grâce. Un marchemort qui fait tourner en bourrique les vivants, ça devient vexant. Et dangereux. CactusSinger peste, s'énerve et sue à grosses gouttes, maniant avec peine son lourd bouclier.

    Les enfants se rapprochent encore, leur odeur de chairs décomposées séchées devient nauséabonde. Ça sent mauvais, dans tous les sens du terme.

    Riff se lance soudain à la rencontre du danseur.
    Ok, en avant pour un pas de deux. La pelle siffle dans l'air. Quelques secondes pour synchroniser les mouvements. Les muscles fins de l'hermaphrodite qui saillent sous la peau, ses mains nerveuses maniant la pelle comme un bâton de combat chinois. Le danseur semble le défier, portant par moment une main à son entrejambe. Les autres survivants observent le ballet, médusés, silencieux. Enfin Riff trouve une faille et balance le manche de sa pelle dans les chevilles de son adversaire. L'autre perd l'équilibre mais ne tombe pas. Laps de temps suffisant pour enfoncer le tranchant de la pelle à travers le chapeau. Bruit d'os qui craquent. La danse s'achève, sans révérence, le danseur s'écroule dans le sable.

    Les enfants zombies restent quelques minutes immobiles, puis se dispersent dans le brouillard.

    Riff reprend son souffle.
    Les randonneurs de l'extrême reprennent la marche.


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  • Il n’y avait eu qu’un seul mort depuis le jour de la fondation de la « ville ».
    Mais l’un des survivants semblait prompt à rejoindre la Hordes, tant il peinait à rentrer, le soir venu.
    Au point que c’était devenu LA bonne blague du moment.
    Au coucher du soleil, il y avait toujours quelqu’un pour dire :

    "-Qui va chercher Alexis ce soir ? "
    ça en faisait ricaner quelques-uns, d’autres grinçaient des dents, d’autres encore s’en foutait totalement.

    N’empêche qu’il y avait toujours une bonne âme pour aller chercher le clampin égaré pour la énième fois à deux kilomètres de la ville. D’ici quelques semaines, ça ne fera sans doute plus rire personne. Et sans nulle doute également, Alexis finira dehors aux pied des remparts, ses cris d’horreur noyés par le vacarme des Hordes venues chercher pitance.

    Riff se reposait dans sa cabane de tôle et de carton, le chat ronronnant sur son estomac plat.
    Toujours pas de nourriture aujourd’hui pour les ouvriers. Seuls les expéditionnaires ont le droit de manger, pour aller plus loin, creuser plus longtemps dans le désert.

    Ile songe à nouveau à l’abri sur le plateau rocheux, au vieux fou qui habitait là. Ile se rappelle ce fameux soir… Il n’y avait plus rien à manger depuis trois jours, et le vieux fou devenait de plus en plus délirant, marmonnant et s’agitant vainement, jusqu’à ce que la folie prenne le dessus… Après, tout s’était passé très vite.

    Riff qui somnole devant le feu. Un choc sur la tête, le voile noir, les membres gourds, perte des sensations, du sens de l’orientation. Plus d’oxygène, une corde qui serre autour du cou. Le corps en hyschémie, les bras qui se crispent et râclent le sol, à la recherche de quelque chose à quoi se retenir. Les doigts qui rencontrent un objet dur. La main qui se referme dessus, et frappe à l’aveuglette. Cri sourd du vieil homme, qui lâche prise. L’oxygène qui s’engouffre à nouveau dans les poumons, le corps qui revient à la vie. Riff arrache le sac qu’ile a sur la tête, et fait face à son adversaire. Dans ses mains, l’objet qu’ile n’a pas lâché, en guise d’arme. C’est une pelle de chantier rouillée. Le vieux qui repart à l’assaut, Riff qui frappe de toutes ses forces avec l’extrémité du manche. Le vieux porte ses mains à sa bouche en sang. Un autre coup fait rouler sa tête trois mètres plus loin. Le corps agité de soubresaut, de gros bouillons de sang qui s’écoulent sur le sol.

    Riff s’allume une cigarette. Les volutes de fumées qui s’éparpillent dans la pénombre de sa cabane, comme des anges de miséricorde.
    Ile a toujours un peu plus faim qu’avant, depuis ce jour.

    Le vieux fou voulait le dévorer, mais c’est lui qui a finit sur le barbecue.



    (j'en profite pour préciser que je suis actuellement en vacances, je reviens le 9 septembre, vous tiendrez bien jusque là? t'façon vous n'avez pas le choix!)

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