• (36) Retrouvailles (ancienne version)

    Yuriko était resté une semaine de plus à Paris chez son grand couturier, et j'avais hâte qu'elle revienne. Les jours suivant l'interrogatoire avait été rempli de doute et de suspicion, mes collègues me regardaient bizarrement. Quand je rentrais, c'était en marquant le pas dans les couloirs pour signifier au voisin à coiffure de super saien qu'il devait freiner sur la ponceuse à disque. Bref, je n'aspirais qu'à retrouver un peu de tranquilité, uniquement tourmenté par les lubies rigolottes de ma fofolle kawaii...
    Puis, le jour de l'emménagement d'Adam est arrivé. J'ai été réveillé à sept heures par l'invasion des déménageurs. J'ignore combien ils étaient, j'ai fuis. Je suis partir une heure en avance au boulot, dans l'entrée de l'immeuble, j'ai du slalomer entre les cartons pour atteindre la porte, maintenue ouverte par une commode en bois. J'ai pris mon petit déjeuner attablé devant mon pc.

    En sortant du cyber-café, je ne suis pas repassé à l'appart. Les déménageurs amateurs doivent encore être à l'oeuvre, et je tiens pas à subir leur ramdam intempestif, ni même croiser la tronche d'ahuri de mon nouveau voisin dans les couloirs. En plus il serait capable de me demander un coup de main.
    Ce soir, je coucherai donc chez (et avec)Yuriko.
    Elle revient de son séjour dans dix minutes, par le TGV 5922 en provenance de Paris Nord. Juste le temps d'un ptit expresso à trois euros, bon sang ils se font pas chier ici les cafetiers... Qu'importe, ce soir je vais passer une torride soirée de retrouvailles.
    Les annonces se succèdent ainsi que les passants, les voyageurs avec leur sacs à roulette, les touristes égarés, un troupeau de scouts en uniforme, une étudiante qui distribue un journal gratuit à côté d'un escalator..
    Je respire le parfum âcre et chaleureux du café. La terrasse où je me suis installé est nimbée d'une merveilleuse lumière dorée de fin de journée. Ébloui, je laisse mon regarde se perdre dans le vague, les contours des passants deviennent flous, ils deviennent comme une mer agitée d'une houle lente et régulière. Je sors mon paquet de clopes neuf et le débarrasse consciencieusement de sa cellophane.
    Une silhouette me contourne, se plante devant moi, et une voix féminine me dit "Bonjour". Yuriko serait en avance? Quand je lève les yeux... Je reste figé, mon sang vient de glacer instantanément dans mes veines. J'ai la chair de poule, des frissons dans le dos. J'ai la sensation d'assister à une apparition de la Vierge à Lourdes. Je suis terrifié.