• (311) To Do List (suite)

    -Mec, dis-je, faut que tu tiennes. Ne claque pas avant que je puisse tenter un truc.
    J'espérais secrètement le voir ouvrir les yeux et reprendre conscience, mais bien-sûr, ça n'est pas arrivé.
    De toutes façons, ce n'est pas pour lui que je suis venu ce matin à l'hôpital.

    Au bout de vingt minutes, la porte de la chambre s'ouvre. Les parents d'Adam viennent d'arriver.
    Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas l'air content de me voir.
    -Encore vous?! dit le père, désagréablement surpris. Ma belle-fille n'a pas été assez claire l'autre jour?

    Je me lève et je m'avance vers lui.
    -Ecoutez, je suis pas venu chercher les ennuis. Je veux vous parler.
    -Sortez immédiatement. Si vous n'aviez pas harcelé Léah, Adam ne serait certainement pas dans ce lit à présent!

    Bon, va falloir être rapide et concis. Respire à fond...
    -Quand j'avais quinze ans, j'ai passé un mois dans le coma. Un traitement expérimental m'en a sorti. Il pourrait aussi aider votre fils.
    -Mais qu'est-ce que vos racontez?? éclate le père. S'il existait une solution miracle, vous croyez pas qu'on l'aurait déjà tentée??! On s'est renseigné, figurez-vous!

    -Ce traitement n'a jamais été homologué. Mais ça m'a bel et bien sauvé la vie. Je vous jure que c'est la vérité.
    Je sens que je suis aussi crédible que si j'affirmais avoir vu le monstre du Loch Ness. Le père s'apprête à m'empoigner pour me foutre dehors, mais la mère s'interpose et me demande, fébrile :
    -En quoi consiste ce traitement? À qui faut-il s'adresser pour en bénéficier?

    -On a branché mon cerveau à une machine. J'ai un collègue qui a travaillé pour ceux qui l'ont mise au point. Je pourrais lui demander s'il y a moyen de traiter Adam.
    -Très bien, coupe le père dubitatif, donnez-nous son numéro, on va l'appeler nous-même.
    -Désolé, c'est pas possible. Il faut que ça vienne de moi.

    L'homme me fixe d'un air de plus en plus sombre. La situation est en train de m'échapper.

    -Je vous vois venir, lâche-t-il d'un ton sec. Sortez. J'y crois pas, à votre magouille.
    -Une magouille? Mais non je...
    -Vous devriez avoir honte, coupe-t-il, tenter d'escroquer les gens dans le malheur, c'est monstrueux.
    -Je ne vous réclame pas d'argent!! Tout ce que je vous demande, c'est...
    -Quoi que vous vouliez, vous n'obtiendrez rien du tout!
    -... C'est de ne pas débrancher Adam! Laissez-moi deux semaines, le temps de faire le nécessaire!
    -ASSEZ!! Fichez le camp d'ici avant que je ne vous refasse le portrait!

    Il me saisit par le bras, mais je lui résiste.
    -Promettez-moi que vous ne le débrancherez pas!

    Une infirmière entre dans la chambre, alertée par les cris. Devant la menace d'appeler la police, je suis contraint de sortir.
    Mon plan de sauvetage tombe à l'eau, avant même que j'ai pu le mettre en oeuvre. Je chancelle sous le poids de mon cuisant échec. Dans ma tête j'entends Mister Self Destruct s'esclaffer. Il m'invite à monter au dernier étage de l'hôpital pour me jeter du toit. Sur le coup, je me dis que l'idée n'est pas si mauvaise. Je me mets à marcher lentement vers l'ascenseur. Pourquoi pas, après tout? Il ne me reste plus rien à faire.


    -Monsieur! Attendez! crie la mère d'Adam.
    Je me retourne, elle continue sa course jusqu'à moi.
    -Elle existe vraiment, cette machine qui vous a sorti du coma?

    En voyant la mince lueur d'espoir qui brille dans ses yeux, je réalise soudainement que je me suis vachement avancé, alors qu'en fait je ne suis sûr de rien. Des trois cobayes sur lesquels la machine fut testée, l'un est mort, l'autre est devenu fou, je suis le seul à avoir récupéré toutes mes facultés mentales. Qui suis-je pour garantir à cette mère éplorée que son fils va survivre? Et si oui, dans quel état? Je suis en train de lui demander un véritable acte de foi.

    -Je ne peux pas vous assurer que ça marchera. Mais si vous n'essayez pas, vous ne saurez jamais si ça aurait pu marcher.

    Elle ferme les yeux quelques secondes, le temps de digérer sa déception.
    -Hier, commence-t-elle, un médecin est venu nous voir, pour nous parler du don d'organe... Il a dit que si son état empire, et qu'on attend trop, certains organes deviendront impropres à la transplantation... Si le pire doit arriver, je préférerais que le cœur de mon enfant continue de battre, même si c'est dans la poitrine de quelqu'un d'autre...
    Quel fin psychologue, ce médecin.
    -Laissez-moi deux semaines. Parlez à votre fils, dites-lui de s'accrocher! De mon côté, je ferai tout mon possible pour qu'il soit pris en charge. Après ça, vous n'entendrez plus jamais parler de moi. Plus jamais je ne reviendrai vous ennuyer, ni lui, ni Léah.

    Elle me scrute en silence. Elle prend une profonde inspiration et lâche enfin :
    -Nous attendrons. Je convaincrai mon mari.
    Dans ma tête, j'entend Aïna chuchoter un "ouf" de soulagement.


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  • Commentaires

    1
    Chairapate
    Vendredi 26 Mai à 03:16

    Allez, ça va marcher, ça doit forcément marcher, si ça marche pas... Merde quoi ! ^^'

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