• (19) Marvin (ancienne version)


    Quand Lise et moi avons rompu, un certain nombre de choses ont pris fin.
    Notamment en amitié, car il m'était impossible d'encaisser que nos amis commun gardent contact avec nous deux en même temps. Je n'avais pas envie de savoir, ou même d'imaginer que Jules et Anna avaient dîné la veille au soir avec mon ex, et potentiellement son nouveau mec.
    Et puis quand on se sépare, beaucoup de petits secrets filtrent à travers les relents de rancoeur qui nous débordent parfois de la bouche, et j'avais aucune envie d'être confronté à des gens qui auraient changé d'opinion sur moi à cause de ça.

    Alors j'ai coupé les ponts. Avec ceux qui avaient choisi le camp de Lise, c'était simple. Je n'avais plus à m'en soucier, puisqu'ils étaient « passés à l'ennemi » .

    Avec d'autres, ça s'est un peu compliqué. Les indécis,  les indifférents, les hypocrites. Ceux qui vous regardent d'une autre façon depuis que vous avez été plaqué, qui vous analysent...


    - Ouais mais bon, faut reconnaître que tu as été salaud avec elle aussi...
    - Ok mon gars, si tu préfère prendre sa défense, barre-toi.
    - Attend, c'est pas ce que je voulais dire....
    -Casse-toi et reviens plus! J'ai besoin ni de ta pitié, ni de tes leçons de morale!


    J'ai opté pour une méthode radicale. Je leur ai écrit à chacun un petit mail bien haineux, ça donnait à peu près ça :
    « Puisque vous pensez tout bas tant de mal de moi, réjouissez-vous, vous allez pouvoir le faire tout haut. Allez tous vous faire foutre, je vous emmerde, vous pouvez crever, j'en ai plus rien à foutre. »

    C'est plus facile quand vous prêtez de mauvaises intentions aux gens. Vous pouvez tout à loisir les haïr, les détester, puis les oublier totalement, puisqu'ils en ont autant à votre service. J'avais pas envie de me torturer l'esprit à savoir s'ils étaient sincères ou non. Peu importe qu'ils pensent ou pas que j'étais un connard, et de toute façon je suis quasiment sûr qu'ils le pensaient. Je pouvais ainsi m'enfermer comme un prince dans sa tour d'ivoire, fier et orgueilleux, et les mépriser comme de la merde.

    La mauvaise foi est une arme de destruction massive.

    Le seul ami qu'il m'est resté, c'est celui qui était là bien avant Lise, avant tous les autres.

     

    Cela dit, je le soupçonne parfois de ne venir me voir que pour siffler mes bières....
    Marvin, je le connais depuis le collège.

    On a fait les traditionnelles conneries d'adolescents ensemble, les virées en mob, les sorties...
    Lise n'a jamais pu le sacquer. Et réciproquement. À un moment, elle voulait même plus qu'il vienne chez nous... Bien sûr je me suis pas laissé faire.

    Évidemment, Marvin a beau être mon meilleur pote, il a quand même ses défauts. Entre autres, il est bavard, n'a aucun tact, et c'est un enfonceur de porte ouverte. C'est le genre de gars capable de faire remarquer à un manchot : «Vous savez qu'il vous manque un bras? » .
    Je préfère les gens directs et francs, sauf quand c'est pour me raconter... 


    Là ça passe moins bien, d'un coup. Et de me faire remarquer que depuis que je suis célibataire, c'est le foutoir chez moi. Comme si chez lui c'était mieux!! Une fois j'ai aperçu des canettes vides dans le bac à linge, et des chaussettes sales dans son frigo!

    Depuis quelques mois, sa nouvelle marotte, c'est de m'inviter à ses soirées gothico-électro-indus, pour me présenter des filles plus glauques les unes que les autres.
    Il me traîne dans ces boîtes de nuit ou les gotho-pouffes pullulent, et je tiens la chandelle pendant qu'il drague sur fond de Rammstein.


    S'il espère me rendre ma joie de vivre en me collant dans les pattes d'une fiancée de Frankenstein, c'est raté.

    De temps en temps, il me balance une petite vanne histoire de montrer aux filles comme il a de la répartie. Il me dit qu'en vrai, il fait ça pour mon bien, parce qu'il supporte pas de me voir aussi amorphe.


    C'est vrai que j'ai développé une force d'inertie mentale considérable, depuis ma rupture.
    Grâce à ça , plus rien ne me touche.
    Ou presque.